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vendredi 3 avril 2020

Au jardin des Essentiels



Corps lourd et chemin du vide :
Chemin d'un plein qui s’en va,
Et d’un au-delà qui s’ouvre...

Une voix me guide
Lente et tranquille,
Me conduit 
Jusqu’à l’étrange porte de pierre.

Arche lourde au détour du chemin,
Obstacle de vie, entourée de prometteuse quiétude.

Quand je la franchis :
Plantes et allées sont toutes en ordre,
Et pourtant n’ont rien de figé,
Éprises d'être et  de lente souplesse.

Devant moi, une ronde dalle.
Un granit blond, lisse et chaud 
Comme une chair alanguie. 

Où se tient une mère et sensible
Et emplie de douceurs
Qui porte en ses bras, un enfançon, né d'hier
ou de longue éternité

Une merveille d’innocence, un mystère de silence.
Image de l’incréé, du naissant.
Du libre de l’existence, et de toute objection.

Et il tête, l’enfant, au doux sein de sa mère
Et n’a besoin de rien.

Il vit -sans manque- au téton maternel.
Et rayonne cette paix  dans laquelle il se trouve.
Il transpire, sais-tu, d'une lumière qui l’habite.

Ce jardin nourrit, là ,sa profusion,
Il y enracine sa croissance
Au sacré de l'union.

Non loin, un homme, humble jardinier
Qui m’offre des mots 
Où inscrire à jamais ma vision.
Qui m’indique, aussi, où creuser la terre,
Où poser mon offrande, 
Pauvre graine d’émeraude :

Humble semence, 
Amorce de vie renée.

Et la fleur de grenat grandit à l'instant,
Au milieu de milliers d’essences diverses: 
Réalité vive et soudaine,
Bouture, et nouveau départ
Dans ce jardin-écrin 
Oh! jardin de la Vie.
Oh ! jardin d’une enfance rêvée,
Qu’y a-t-il donc encore à craindre ? 
La peur n’est jamais réservée qu’aux apparences :

Ici l’agneau embrasse le tigre,
Ici, et le Blanc et le Noir sont unis
Ici se riment d’eux-mêmes, les contraires,
Ils se croisent sans se détruire :
Et même la vie et même la mort
Qui trouvent à être,
Qui trouvent paisibles à se chérir.

J’ai mis en terre ce qui devait l’Etre,
Ma quête peut aller plus loin, 
Repartir.
J’emporte avec moi ce relent d’ailleurs,
Cet instant d'Éternel.
 Et je sais
-Que m’importent les circonstances-
Que l’essentiel est toujours possible !
                           Qu'il suffit d'y bien voir, 
                           Qu'il suffit d'y regarder.


                                                     
                                                       Serge De La Torre 

vendredi 28 juillet 2017

L’œil du fayard est une icône


C’est au regard d’un homme que l’on connait son âme,

Il en est de même du chêne ou du fayard :






Si les arbres ont des âmes de bois,

Ils gardent des cœurs tendres de très vieux crocodiles
Et tatouent leur histoire en symboles et graphismes étranges

A même leur vieille peau d’écorce sèche et de sèves collantes.

Une existence entière se lit dans une simple souche






Chaque hiver, chaque été,
Rigueurs et sécheresses y laissent des traces qui grandissent,
Et lentement se déforment.

Un coup de hache,
Une branche brisée,
Tout y laisse son empreinte.
La moindre blessure s’écrit comme un possible arraché.


Les nœuds des arbres leur deviennent des yeux de malices,
Des bouches bavardes, ou encore d’expressifs moignons…
Ils parlent à nos rêves d’ailleurs lointains,
D’autrefois impossibles, d’improbables histoires….





Image proposée dans les pages de l'Herbier de Poésie par Susy S.

Ainsi, ce nœud d’arbre devient-il ici une icône.
Il nous parle de quelque roi noir antique,
Écrasé par son âge,
Déformé par sa charge.
Noble fortuné, il rayonne encore.

Mais que lui sert sa tiare ou sa toge cousue d’or,
Il est comme chacun :
Candidat à l’oubli ultime, déjà promis à la mort.
Son règne n’aura été qu’un rêve, tout juste une virgule :
Parenthèse ! Pauvre éclaircie dans la perpétuelle poussée des Vies.

le 28/07/2017
Serge De La Torre




samedi 15 avril 2017




Il est toujours difficile de parler de l'âme des autres (et déjà bien assez  audacieux de parler de la sienne !). D'ailleurs, peut-être est-ce, pour une bonne part, ne parler que de ses propres horizons au prétexte de ceux de l'autre.


Le faire à partir d'une "image", sans pleinement connaître la personne, même s'il s'agit d'une bonne photographie de sa nature foncière, est, sans doute, une gageure. 
Et comment trouver des mots qui aient quelque chance d'être juste ? 
Et comment encore ne pas risquer de blesser ?

 Mais face à l'impossible, il n'y avait finalement qu'un risque, être tenté de ne rien oser.

Photo d'une peinture de Martiros Hakopian proposée par 
L'Herbier de Poésie d'Adamante Donsimoni (voir   ) . 
L' artiste utilise, ici, sa peinture pour dire sa quête spirituelle.

                                Rousseurs d'émotions dévoilées 

Âme de contrastes floutés,
Lieu de projections fantasmatiques,
Âme de brouillard, de brumes flottantes et d’horizons lavés,
Âme où les plans se mêlent :
Hiers illisibles, présents  en rupture, et espaces brisés pour des lendemains imprécis.


Âme de roches,
De croûte blessée, où la rocaille cède par pans, et avec lenteur.
Terre nue bordée de forêts érigées en futaies incendiées,
Au loin, en ultime palissade.
Âme égale,
Qui flotte en perspective et pente douce dans un ciel roulé d’ombres et de nuages mêlés.

Âme  de failles profondes,
De crevasses, de fissures en formation, de falaises, enfin, sans pied ni fond.
Âme de coulées sombres,
Où se dessine quelque bête bavante qui souffle et dégouline : misérable, comme  en chacun.

Âme d’encre et de nuit noire
Qui fait un front, une vague passagère
Que suivent de près des teintes automnales,
Celle d’un sentiment presque caché.

Âme finement humaine,
En quête de paix, de douceurs vernaculaires.
Quand derrière l’apparent  tourment général  
Transparaissent les rousseurs d’une émotion masquée.

©Serge De La Torre  (14 Avril 2017)