dimanche 12 novembre 2017

Mon tyran fou



Je suis un, je suis deux, finalement trois : aigrelet, égal et menu, je m’engrosse en fortes bourrasques ou, finalement fou, je vire en tempête, suis colère et monstrueuse cavale.
Eh oui, eh oui ! Riez ! Mais je reste trois : on me nomme Mistral.

Je vais sur la ville, emmitouflée de murs,
Resserrée en grappes de frileuses masures.
Espiègle et sautillant, je hâte mon chant de bises,
- Braves gens ! -, jusqu’à forcer vos allures.
Je vais sur les chaumes aussi,
Scalpe les frondaisons nues, libérant soudain mon cours,
J’ourle les courants d’air, de mes volutes sans substance,
Roule les nuages, jusqu’au tréfond de l’azur.
Bouche et cœur en avant, je chahute les jupes fines,
Les hauts-cols bien fermés, les foulards de soie.
Et jusqu’aux tendres bienheureux : tous, je les pousse d’un souffle.
Tel une alarme, une évidence à peine sentie, j’entre avec eux dans l’ailleurs :
J’éveille la folle imagination, je glisse sous leurs chapeaux, :
Je suis l’inspiration furtive, l’idée qui va et que rien n’arrête,
Ainsi, en un rien de temps, je rends chacun have et morose.
A présent gonflé, je serai demain le futur essoufflé.
Et finalement, je vous rends fou ! Bon peuple, lorsqu’en tempête, je suis colère et Cavale.
Eh oui, eh oui ! Je suis Mistral.

                           

Je dévale, embrasse le fleuve Rhône, et me précipite à la mer.
J’emplis, de mes langues multiples, la vallée, féconde, les vallons débonnaires ;
Déboule de ci, m’engouffre de là, ne reste, qu’à peine un moment, totalement coi.
Je vais dans les prés où, sous mon haleine, l’herbe ploie.
Je plaque l’habit du moine contre lui,
Et jusqu’à la feuille du charme au nez de la charmante,
Je fouille, de mes doigts curieux, jusqu’au-dedans des bois.
Vos haies, Humains ! je les contourne, je les plie et les rudoie.
A qui s’oppose, je m’élève droit ou me dresse en fléaux.

Et finalement, je rends fou, lorsqu’en tempête, je suis Colère et cavale. Eh oui, eh oui ! Riez ! Car je suis Roi et on me nomme Mistral.


Je suis tantôt, aquilon doux, ou feinte baratte,
Puis sous l’orage, je libère violent, mon courroux.
Tantôt je me lance, tout ignorant de ma force,
Il faut que l’on ploie sous mes nocturnes assauts,
Qu’on ne puisse m’oublier.
Rageur et féroce, je veux rendre cette nuit,
Ses rondeurs à la lune gibbeuse.
Dans le jour toujours trop court, je dicte la fuite des choses,
Je dis le risque de la perte, j’inspire l’éphémère,
Refuse aux amours de mourir de totale aisance.
Dans l’ombre de la nuit, je dépouille le faible
Et soutiens le fort. N’est pourtant pas fort qui croit,
Ne le devient que celui qui ploie.

Je force à la retraite, jusqu’à l’imprudent promeneur : je le malmène, le secoue et finalement le rends fou, lorsqu’en tempête, je mue en colère et cavale.
Eh oui ! Eh oui ! On me dit terrible : je suis le mistral

                             

Au sortir des glaçures, je cours dans la nuit,
Et furtif, caresse l’entour. En douceur,
Je flatte Dame Nature - toute en projet, toute en attente.
Je lève, aux matins, ses brouillards qui trainent,
Accrochent partout leurs duvets, réminiscences tardives d’un l’hiver trépassé
Je suis tendresse un temps. Mais parfois, fine lame aussi,
Castratrice, doucereuse et coupante :
Je me fais scalpel, chargé de dernières glaces,
Gonflé d’un reste de frimas, j’emporte en enfer :
Pétales naissants, promesses de fleurs, étamines et vigueur.
Je maintiens l’ivresse printanière dans ses solitudes.
En ses quartiers, ses frontières, je retarde l’assaut de la vie,
Dans ce dernier relent de fraicheur.

Oui, finalement, je rends fou, lorsqu’en tempête, je suis colère et cavale.
 Eh oui, eh oui ! sachez-le. Je suis Mistral... le puissant, l’infatigable…


En été, aux soirs, je comble la nuit sourde,
La punit de lourdeurs. Je la conjugue de chimères,
Donne l’illusion du frais, à mes inspires,
Pour ne que mieux, rependre mes touffeurs.
Comme de râpeuses langues mortelles, je traîne mes sécheresses :
Soulève le sable et la fine ramille. Je danse follet et toujours mène le quadrille, 
Y sèchent les corps en chaleur, y suffoquent les baigneurs.
Si j’ai pris quelque souffle, pris un peu de rigueur, déjà j’agace :
Je lave de mes insipides fraîcheurs, le poids du jour :
Je force à la petite laine qu’on enfile au matin et remet le soir encore.
Du soleil ? Il y en aura bien, mais toi, fol plaisancier,
En vain, tu en guetteras l’enlacement gours,
N’en goûteras que le désir, sans en jouir les douceurs.
Et à qui voulait la chaleur, j’impose l’attente !
À qui voulait la confortable tiédeur, je refuse le cocon !
Je tiens sous sa tente de pacotille le frileux campeur,
À qui l’on avait promis du rêve et qui n’en a que la rumeur.
Je le tiens derrière son muret, s’il voulait jouir sans pudeur.
Je suis le gendarme du temps qu’il fait,
Je presse sous ma loi le paysan, galérien de la terre,
Je porte rarement la pluie et plus souvent la refuse,
Humble, ce midi, je nettoie: il pleut sans doute ailleurs,

Je courbe jusqu’à leur ombre la gamme verte des feuilles.
Je vous rends fou, lorsqu’en sèche cavale, en tempête meurtrière, j’assèche et tue,
Car je suis Mistral et peux porter la Mort.


Elle vire déjà la feuille rousse,
Dans le jour devenu si court, je les vois,
Lumières de conscience, toutes faibles et pâlottes.
La bougie, dont s’éclaire le poète, s’étire et tremblote. 
          -   Écoute-moi dans ta nuit, veilleur assidu !
Car tu crois, m’avoir déjà, mille fois entendu ,
Or, je ne suis jamais ni semblable, ni le même :
Je m’égosille, je me déploie un moment,
Puis me retiens, me cherche des ardeurs nouvelles.
Dans les feuilles venues au bout de leur âge,
Je me trouve des emplois, je balaye.
        -    Accrochez vos linges, ménagères ! je suis sec : 
Vos brailles, vos chiffons, je vous les évente,
Ou les emporte ! Rien n’arrête une fièvre, rien n’endort mon respire.

Je veille même aux sourires des enfants :
Eux, du moins savent lancer dans mes courants,
L’oiseau à ailes d’hélices, le valeureux cerf-volant.
L’oiseau le vrai, lui aussi, vole indifférent, plane, migre, monte et descend.

Mais demain, promis ! j’aurai cœur moins bon,
Je soufflerai sans raison, et chargé de pluie, tout du long,
Car je suis fort et fou, je tempêterai en cavale, je m’appelle Mistral.


Quand tout glace - et jusqu’à la lune-,
J’attise le froid, rend la nuit pure aux étoiles,
Aux rêveurs devant la cheminée qui rougeoie.

Au feu, je suis le souffle qui l’inspire, et lui donne sa voix.
On me craint, on tremble même à mon approche.
          -  Dehors, tout tiendra-t-il ? Murs et bois?!
La branche de l’arbre qui vieillit ? Qu’en sera-t-il de la tuile ?
Ou bien encore de l’ardoise du toit ?
Faudra-t-il ou pas, sortir affronter les grands froids ?

Elles leur vont comme des injures gelées, mes bourrasques, mes braillées,
J’ai charrié, dans mes reins, jusqu’à la neige des montagnes.
Pas un, qui ne veuille s’abriter,
Pas un, qui ne préfère la couette ou le feu du salon,
Je souffle : misère ! Alors, partout, j’enfle les congères.
Je donne ventre à la peur et parfois sème la mort.
Je suis couteau, et violente glaçure ;
Je crie dans les branches, mais trouve tout vide,
Je cherche fissure. Partout m’engouffre et me faufile.
Ne rencontre jamais que désert, manque ou pas mes cibles, …
Et termine : finalement las, me retire….

Allez, hommes du Sud, pour un temps, osez croire que je ne suis pas !
Croyez que vous êtes, vous les rois !
De mistral, sinon votre poète écrivant Mireille, il n’en est qu’un et c’est moi !


Serge De La Torre
http://instantsdecriture.blogspot.fr
https://plus.google.com/u/0/+SergeDeLaTorre

vendredi 10 novembre 2017

Le monde

Broder3 de Jamadrou 

La multitude comme réalité,
La diversité comme certitude,
Une immensité comme horizon,
Un patchwork comme drapeau.


Obscurs desseins, sources d’inquiétude
Je garderai l’éternité pour perspective.
L’unicité de l’être comme évidence...
Un patchwork comme étendard!

Mon drapeau a la trame de l'histoire et la chaîne des vécus pour ADN,
Il s’alimente de l’amour des hommes,  pour combattre la haine,
De la paix du cœur, pour noyer jusqu’aux racines de la guerre,
Le patchwork de l’humain est mon ultime étendard.

Serge De La Torre 
  https://plus.google.com/u/0/+SergeDeLaTorre
                 Poésie parue parmi d'autres sur L'Herbier de Poésie
                          https://imagesreves.blogspot.fr/

dimanche 22 octobre 2017

Herbes sèches et gazons brûlés

Herbes sèches, arrière-saison brûlée



Sèches sous les pieds, cassantes et rousses, les herbes brûlent cet automne.
Racines trop courtes dans la terre si sèche, elles appellent une rosée, un brouillard, une seule goutte d’eau.

Elles pleurent la fin des saisons,
La brûlure sans fards des ardeurs incandescentes,

Et, pire que tout, la frénésie des inconsciences humaines.


Aphones depuis longtemps, les verts remisés dans la galerie des heureux souvenirs ou aux vapeurs  lointaines d’un avenir sans certitude, leurs tiges mortes font un pauvre foin dans l’air qui vibre de trop grandes sécheresses.

Elles pleurent la fin des saisons,
La brûlure sans fards des ardeurs incandescentes,

Et, pire que tout, l’Homme et sa gabegie des ressources.


Ne reste que l’attente, le désert lui-même ne fleurit-il pas certains matins ?
Quelque part,  au cœur du cœur de leur nature, elles gardent mémoire de leur essence, et concentre leur fierté.
L’échine courbée, mais le cœur sûr , leurs larmes sont des appels à la conscience.



Elles pleurent la fin des saisons,
La brûlure sans fards des ardeurs incandescentes,

Et, pire que tout, la folie dépensière des activités humaines.


Un jour, peut-être,- qu’il est lointain le temps qui ne se conjugue qu’au passé, qui ne se pare que d’espoir sans horizons mesurés! -, elles me diront à nouveau leurs odeurs mouillées, des silences de lendemain de déluge. Elles exhaleront alors sous mes mains des relents de femmes aimées,  à la toison desquelles les doigts qui les parcourent s’emmêlent

Elles pleurent, les herbes, la fin des saisons,
Les brûlures de hasards et les accablantes chaleurs,

Et, pire que tout, dans la douloureuse fournaise, nos débonnaires et coupables inconsciences .


Le 18 Octobre 2017


                                                    Grande soif  et petits matins de pluie !


Elles respirent, ce matin, mes herbes mourantes ;
Sèches et cassantes, jusque-là, 
Elles crissaient de soif, dessous le pas.


Ce matin, au contraire, elles jubilent,
Abreuvées, enfin !


Le brin plaqué comme le cheveu au sortir du bain,
Vaillantes, elles ont traversé l’été si sec.
En leur cœur sans plus de vitalité. 
Toutes recroquevillées.
Réduites à leur essence, 
Elles concentraient jusqu’à leurs odeurs.


Ce matin, elles respirent, mes herbes!
Enfin, il pleut à verse.


Serge De La Torre

                                                          Matins voilés 


L'automne offre cela certains matins, ces volées de brouillards qui traînent et s'effilochent aux moindres obstacles. Mousseuse buée qui voile la plaine à des regards trop vifs.


Serge De La Torre (Octobre 2017)

Tapis d'intérieur ?


- Pas de tapis dans votre intérieur?

- Non, monsieur, moi, mon tapis est à l’extérieur.
Il est vert, tissé avec amour par la pluie, 
le soleil et la terre,
Brins de vie et de lumière
Un tapis doux et frais sous mes pieds nus,
Un tapis qui aime à être tondu,
N’a jamais de poussière,
Mais renferme tant de vies :
Mon tapis vert, c’est ma prairie!

Serge De La Torre (Septembre 2017)

vendredi 15 septembre 2017

Oups !

Oups!
Tableau réalisé par Adamante Donsimoni
et proposée à la créativité de la communauté de L'Herbier de Poésie.

Oups!


Oups est facétieuse. 
Et puis aussi coquine…
Elle est, croyez-moi !
Autant marrante que maline.

Chaque jour, elle nous offre quelque nouvelle prouesse.
Une surprise, un jour ! Quelqu’étonnant spectacle, parfois !

Pleine d’entrain, elle danse, ce matin.
Folle sarabande, sur cette musique enlevée qu’elle est seule à entendre !
Elle fait d’une main, des cercles sur sa tête, gardant, au nez, le doigt pointé de son autre menotte.
Aussi nue que ver, elle arbore, triomphante, une moustache collante de multiples confitures, 
Elle va dans les halos de lumière, à peine troublée des regards qui se voudraient choqués ou critiques.
Ses mimiques réveillent nos rires, chargés, encore, de rêves et d’une nuit moite bien trop courte.
Comme nous éperdue de chaleur, vague, elle vire dans le plus magnifique tremblement, 
Ivre du plus pur plaisir! 
Oh ! Parfaite innocence !

Oups est facétieuse. 
Et puis coquine aussi…
Elle est, croyez-moi !
Autant marrante que maline.

Haute comme trois Pets de nonne, 
Partout encore, enrobée des rondeurs du poupon!
Notre petit soleil sera, dans un moment, reparti dans sa lune.
Sumo ébahi : une couche difforme lui fera l’effet d’un coussin.
Ses pieds lourds dans la terre sèche, 
Lèveront, en tas, les brindilles du chemin.


Elle est marrante. 
Et puis maline…
Petite Oups! 
Elle distribue à qui veut, 
Des câlins sucrés de princesse,
Des baisers de fraise et des bisous de praline ….



     Poésie dédiée à Héléna
          Comment aurait-elle pu ne pas m’inspirer !?

mardi 5 septembre 2017

Impressions nocturnes


Noir, noir, noir qui gagne…

Il est comme un prélude à la couleur où, pourtant, les nuances colorées des choses, toutes, se résolvent et se perdent.
Dans les dernières lueurs du jour qui s’efface, l’ébène installe sa traîne de nuit, comme la mariée le fait sur son enfance, de son voile d’innocence.
Des branchages encadrent la vue du promeneur, et l’horizon – s’il est fini au niveau de la terre-, s’ouvre encore, heureusement, à l’infini du ciel.
Le lointain qui fait front, s’élève comme le dard du scorpion et rappelle -sans cesse- l’inéluctable terme des choses.

L’immédiat est un masque.

Il donne si forte apparence au vide, qu’il impose une illusion de réel.

Le lointain, lui, suggère sa forme comme une mémoire sans substance qui, déjà, réveille lmon angoisse.

Entre réel illusoire et menace lointaine, une île dresse ses fûts, ses élévations rectilignes.
Les arbres, toujours, empruntent à l’eau et à la terre, puis baignent, crânes, dans des cieux uniformes où ils ne font plus qu’être et se tenir.

Sous l’eau règne la vie, bien plus encore, qu’au dehors.

Formes ignorées, formes sans conscience.
Le baigneur nocturne est solitaire, il se risque à la fin qui lui fait peur, à la vie pleine d’ombres qui le terrifient aussi.

Regarder est une audace, oser voir, une folie !

L’homme est-il fait pour vivre ? Est-il fait pour la boue magnifique du monde ?
Le spectateur devient soudain, un invisible moi qui s’oubliedans la vastitude des choses….
Il éprouve, enfin, là, son insignifiance : c’est en elle qu’il trouve le repos.
C’est en elle qu’il goûte parfois, rarement, - trop rarement ! -  quelques arômes de sagesse, quelque effluve de douceur, quelque germe de bonté.


La vie est si peu de chose ! À quoi bon haïr ?

                                                                                 
                                                                                  Serge De La Torre 
                                                                                 le 4 septembre 2017
                                                                  https://instantsdecriture.blogspot.com

vendredi 28 juillet 2017

L’œil du fayard est une icône


C’est au regard d’un homme que l’on connait son âme,

Il en est de même du chêne ou du fayard :






Si les arbres ont des âmes de bois,

Ils gardent des cœurs tendres de très vieux crocodiles
Et tatouent leur histoire en symboles et graphismes étranges

A même leur vieille peau d’écorce sèche et de sèves collantes.

Une existence entière se lit dans une simple souche






Chaque hiver, chaque été,
Rigueurs et sécheresses y laissent des traces qui grandissent,
Et lentement se déforment.

Un coup de hache,
Une branche brisée,
Tout y laisse son empreinte.
La moindre blessure s’écrit comme un possible arraché.


Les nœuds des arbres leur deviennent des yeux de malices,
Des bouches bavardes, ou encore d’expressifs moignons…
Ils parlent à nos rêves d’ailleurs lointains,
D’autrefois impossibles, d’improbables histoires….





Image proposée dans les pages de l'Herbier de Poésie par Susy S.

Ainsi, ce nœud d’arbre devient-il ici une icône.
Il nous parle de quelque roi noir antique,
Écrasé par son âge,
Déformé par sa charge.
Noble fortuné, il rayonne encore.

Mais que lui sert sa tiare ou sa toge cousue d’or,
Il est comme chacun :
Candidat à l’oubli ultime, déjà promis à la mort.
Son règne n’aura été qu’un rêve, tout juste une virgule :
Parenthèse ! Pauvre éclaircie dans la perpétuelle poussée des Vies.

le 28/07/2017
Serge De La Torre