samedi 16 mars 2013

Ecrire, c'est puiser et sculpter



Lorsque nous écrivons, nous puisons parfois à des idées infimes, des impressions fugaces, des bouts de fantasmes vagues, parfois de simples filoches de visions ou projets.
Et nous tentons de les mettre en forme.
Ce faisant, c'est de la conscience, c'est de la culture et de la vie que nous créons à partir de si peu.


Par cet acte d'élaboration, nous ne grandissons pas, nous nous dépassons un peu, seulement, Nous devenons médium à une matière pour la rendre lisible et cela n'a rien de spécialement remarquable, moins encore de formidable, cela n'en est pas moins digne de respect.
Il n'y a jamais à se cacher de ce travail, et nous n'en sommes jamais que les responsables, jamais coupables.


On peut le juger perfectible, encore de piètre de goût, au pire raté ou insuffisant et à ce titre le juger non partageable.
Il n'est pas pour autant inutile, il a au moins sa raison d'être dans le fait d'avoir été, comme une étape dans un processus, un devenir, une recherche de réalisation, de progression.


En démarrant notre activité, nous avons beaucoup besoin d'être soutenus, car nous maîtrisons mal le processus.
Et simplement oser le plongeon, pour lever des scories et des matières informes du fond de son esprit, effraye.
Nous aventurer en terre imaginative, peut être terrifiant, voir pétrifiant de nouveauté.


Quand nous avons vécu jusque là en "fonctionnaires" de nous mêmes, façonnés d'habitudes de penser ou de modestes certitudes, notre expérience de l'audace craint forcément le doute.
Nous  craignons l'inconfort de la libre entreprise.
Alors notre naissant courage a besoin de tendresse, d'approbation, de douceurs et de compréhension, d'encouragements au moins autant que de conseils avisés.


On peut bien sûr, à l'occasion, vivre dans le sentiment de la facilité créatrice, on vit aussi souvent dans la douleur de l'enfantement lent et laborieux.

Dans une émission, un jour sur France Inter Michel Legrand (le grand compositeur que l'on sait) répondant à une question de François Busnel sur la place de l'inspiration et du travail artistique, lui a répondu qu'on a grand tort de les opposer l'un à l'autre, et qu'il était possible de comparer l'art de la création à l'art de puiser:
« L'eau, au puits, certains jours arrive jusqu'à la margelle, il suffit d'y puiser, de tremper son seau pour la récupérer. Mais que l'on reste plusieurs jours sans travailler et l'eau se rétracte. Elle va s'éloigner du bord du puits et l'on va se retrouver pendant plusieurs jours, à peiner, à s'épuiser, à jeter le seau en vain et à ne rien ramener à soi qui vaille ».
Au début du travail, on doit amorcer le puits, conduire l'eau à affleurer en permanence par un travail de recherche, de libération des sources qui alimentent notre inspiration, curer le puits en somme.
On a besoin d'aide ou de la présence rassurante des autres, d'aides venues de personnes plus expérimentées aussi.
Un peu plus tard la chose est moins indispensable, on n'écrit plus pour cela, on écrit pour écrire,pour le plaisir de la confrontation à l'inconnu de la tâche, pour la jouissance du face à face avec le défi, ce plaisir connu de créer pour la beauté du geste.

On finit par goûter l'esthétique de la sculpture d'une l'histoire ou du polissage de la matière écrite.


L'"artiste" sculpte alors autant le sculpteur qu'il est, que sa réalité sociale, avec l'objet qu'il met en forme.  




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