Affichage des articles dont le libellé est peinture. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est peinture. Afficher tous les articles

dimanche 23 septembre 2018

Comme un vent lourd...

                               

Claude Monet, Meules, 1891, huile sur toile, 73 x 92 cm, collection privée
                                         
Comme un vent lourd, il vous souffle, l’éclat de la lumière.

Il est mouvement,  
Force illuminante,
Et puis aussi énergie qui sauve.

Quel peintre saura-t-il mieux le rendre sur l’espace d’une toile,
Fusse par ses couleurs, par des touches épaisses ou serrées, et même par tout le détour de son art ?
Quel peintre saura-t-il donner la parfaite sensation vécue, sous une semblable flamboyance ?
Mille ont osé, tenté ; certains, bien plus rares ont fait merveille. 
Et pourtant toujours à nouveau, ils y reviennent : il est des chemins qu’il n’est possible de prendre que seul. Et bien au-delà de soi, toujours ! Des quêtes qui valent par l’effort que l’on fait, autant au moins que par le point où l’on arrive

Lumière jaillie d’un invisible foyer,
Et qui au ciel silencieux explose,
La meule comme une pyramide,
Alignée à ses voisines, te fait mur de sa paille sèche.
Et offre un semblant d’ombre
Où l’on s’abrite, voit et se repose.

Comme un vent, éclat de la lumière
Tu vas brisant les limites d’un objet qui finit
Dans celles où l’autre prend son essence,
Opposant simplement, à l’immobile, l’allant.

Dans l’œil qui vieillit, la fusion s’opère.
L‘éclat importe plus que ce qu’il éclaire.
Soudain le regard transperce
Jusqu’aux frontières devenues floues de la matière.

L’été brûle, les jours flamboient ;
Rien n’est plus dans ses propres limites 
:
Tout va un cours, invisible et fuyant,
Où l’empreinte de l’homme est plus grande
Que n’est, visiblement, sa présence.


            Paru sur la page 119 de l'Herbier de poésie : https://imagesreves.blogspot.com/2018/09/page-119-ca-brule.html?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+ImagesEtRves+%28Images+et+r%C3%AAves%29

samedi 3 mars 2018

L'esprit d'un Atelier d'écriture

C'est l'esprit d'un atelier d'écriture que de démystifier le travail de l'auteur, voire du créateur en général .
Dans un tel atelier s' engagent des auteurs, en général amateurs, qui s'inscrivent sur les traces de plus grands auteurs qu'eux : mais Il n'y a pas de grande différence de nature entre l' écrivant et l'écrivain, simplement une conscience différente des techniques chez les seconds, ainsi qu'une pratique de l'art d'écrire, plus consciente ou qui normalement se voit un peu plus : juste donc une certaine différence d'engagement .
Parfois, il ne s'agit que d'une différence de statut social, d'inscription de l'auteur (de l'artiste professionnel) dans des circuits (réseaux de relations) commerçants qui n'ont pas autant à faire avec l'Art que l'on croit et parfois beaucoup avec la préservation d'un milieu ou d'une élite, d'un système établi par une structure commerciale qui ne dit pas toujours son vrai nom ou se cache (se nie avec la complicité du créateur) pour ne pas être trop visible .

C'est Albert Jacquard (lors d'une conférence à Dieulefit -26) en 2005, que j'ai entendu dire que nous sommes tous des fruits d'un réseau.
Et je n'ai jamais connu homme, apparemment plus fragile, plus modeste et simple que lui. Mais souvent la faiblesse est une grande force et la sienne était de celle-là.
Tout le monde n'est pas Albert Jacquard mais Albert Jacquard s'affirmait comme étant comme tout le monde, comme et avec le plus simple et le plus pauvre d'entre nous. Son engagement et sa vie l' ont prouvé.
Cette intelligence, cette humanité qui sont devenues les siennes : il disait les devoir à tous ceux qu'il a croisé, la totalité de son réseau de vie, en somme.
Je préfère lui ressembler que prétendre à une nature qui serait surhumaine, parce que touchant au domaine de l'Art (Dieu me garde de l'orgueil à la Salvatore Dali qui nous guette tous et toujours!), et je préfère, ne jamais m'oublier comme très ordinaire, c'est à dire très redevable à tous ceux qui font la vie qui est la mienne..

Je veux l'affirmer haut et fort, toujours !
Quoi que je fasse ou écrive, quelque soit le regard que l'on me porte! Que j'ai écrit et/ou édité, au moment de mourir, un, deux, dix livres ou frisé le Prix Nobel. :)

mercredi 28 février 2018

Qui écrit en moi, quand j’écris, et pour qui?



Se préoccupe-t-on du destinataire dans sa pratique artistique ?

Une amie de plume a semblé choquée dernièrement de lire sous la plume d’Umberto Eco dans l’« Apostille au nom de la rose » :

« On écrit en pensant à un lecteur. Tout comme le peintre peint en pensant au spectateur du tableau. Après avoir donné un coup de pinceau, il recule de deux ou trois pas et étudie l’effet : il regarde le tableau comme devrait le regarder, dans des conditions de lumière appropriée, le spectateur quand il l’admirera, accroché au mur. »

En fait, lui importait sans doute moins l’écrivain pensant à un lecteur, mais beaucoup le peintre soucieux de l’effet tel que le verra le spectateur quand il l’admirera, accroché au mur.


 Pour elle, non ! En peignant, le peintre n’est pas préoccupé du spectateur. Surtout pas, et jamais de l’effet de son travail sur celui-ci ! Elle estimait avoir assez pratiqué les peintres (avoir été très proche de l'un d'eux), pour pouvoir affirmer « apparemment sans doute possible ! »,  que les peintres ne se préoccupent pas de quelque autre personne que d’eux-mêmes (à savoir uniquement de leur inspiration : soit primo de l’image intérieure de leur œuvre en projet, et secundo de leur œuvre en cours de réalisation en face d’eux en lien avec primo) .

Je lui ai, bien sûr, fait remarquer, qu’il n’en est pas moins content, ce peintre,  qu’"in fine", on le lui achète son tableau: ce qu’elle admit, mais sans revenir sur la primauté "étonnamment absolue,  sans partage", au moment de la création, de cette seule recherche de l’adéquation du tableau extérieur à réaliser avec une image intérieure de celui-ci.
Et  tout cela me semblait assez vraisemblable, puisqu'elle le disait. 
Sans l’être totalement, pourtant! Je ne voulus pas prêter plus grande attention à mon doute à ce moment-là, du fait que mon expérience de la peinture, ne me permettait pas de trancher avec certitude, face à sa confiance. 

Le recul pourtant  me ramène à me poser la question, dans un champ que je connais mieux que l'art pictural, celui de la création littéraire et de l’écriture.

Écris-je, en pensant à un lecteur ?  

Un auteur peut-il, totalement, dans sa création, s’abstraire de la situation sociale, sociologique de l’écrivain engagé dans son temps, ou dans la simple situation de communication dans laquelle il se trouve avec l’extérieur (éditeur, réseaux d’auteurs, lecteurs, autres auteurs …), lorsqu’il écrit ou simplement s’entretient au travers d’un écrit avec ses lecteurs ?

Alors que je suis en train d’écrire cet article, suis-je seulement en train d’écrire ou d’écrire à quelqu’un ? Cela est-il incompatible avec le fait de rester dans la parfaite osmose avec ma seule vérité intérieure, ma dynamique créative?

Que je ne sois pas en train d’écrire pour simplement plaire à ce quelqu’un à qui je m’adresse, il faut bien en convenir; que je n’écrive pas, pour précisément, satisfaire son goût du connu, je suis bien certain de ne pas le faire;  ni bien sûr,  pour directement provoquer son acte d’achat et par la même la rétribution de mon effort, j’en conviens aisément aussi.
Je n’appliquerai jamais, moi non plus, la « recette à trois sous », le truc, sensé me garantir le best-seller de l’année et donc la recette miracle qui fait vendre, je refuse certes de céder à la mode, en traitant de sujet porteur du moment, en apportant, consciemment ou non, les réponses que l’opinion  attend afin de m’assurer des ventes.


L’auteur n’écrit pas pour plaire à son lecteur, c'est certains: il faut bien que se trouve, pour ce dernier, quelque chose dans la chose écrite par l’auteur qui le conduise à ce qu’il ne sait pas encore de ce qui est traité.
Sinon où serait le divertissement le "profit ou le contentement" que recherche le lecteur dans le livre
Mais l’écrivain peut-il pour autant écrire totalement, sans avoir le souci de le rencontrer, d’entrer dès la mise en forme de l’œuvre, le style ( par exemple par le ton qu’il lui donne!) ou une fois son œuvre achevée, dans un certain échange avec le lecteur ? J’en doute.
Écoutons Jean Teulé : « Il faut qu’un livre fasse rire, peur, bander » .

Un auteur, comme un peintre est dans un statut sociologique (une mission, une fonction) qui le fait, espérer cette rencontre entre lui, l’artiste même solitaire qu’il est et l’amateur de son art qui – finalement- à un endroit ou un autre, lui rendra rétribution de son investissement : qu’il recherche le respect, la reconnaissance, l’admiration, ou une rétribution plus sonnante et trébuchante.


D’ailleurs, que l’auteur (et l’artiste en général) oublient d’avoir conscience de cet aspect de sa pratique, au moment précis de sa création, je veux bien le comprendre, et le croire!
Il y a bien dans ce moment singulier de la création, assez à faire avec la technique : 

(Que dirait la jeune épouse (et la moins jeune aussi!), si au moment de faire l’amour, elle sentait son amant penser à ce qui lui reste à payer au  traiteur ou au percepteur ? ».

Nul ne contestera la vacuité nécessaire de l’esprit pour se mettre en présence du sujet de son inspiration ! Que dire de la nécessaire disponibilité artistique à ses émotions, savoirs techniques, images et arrière-plans dans laquelle toute œuvre réelle s’origine.

Il faut bien là, en effet s’abstraire de toute contrainte extérieure plus triviale.
Mais la technique, la forme artistique que l’on se choisit est déjà sociale, est déjà un choix de forme de communication et d’échange.

La présence attentive de l’artiste aux diverses contraintes techniques du moment d’élaboration de l’inspiration n’exclut pas le spectateur au contraire, elle l'englobe comme un a priori.
L’artiste est certes dans une démarche de nature spirituelle (au sens d’en lien avec son esprit, son art et sa réflexion sur celui-ci). Cette démarche peut être plus ou moins méditative et réfléchie d’ailleurs, mais elle reste imprégnée de social, de relationnel et de la vie de tous les jours, jusque dans sa négociation du trivial. 
Quand faire la pose nécessaire ? Quelle organisation concrète, puis-je mettre en place pour ma pratique artistique ? 
Réaliser l’intuition créatrice, qui lui est venue, n’est jamais éloigné du concret et du réel des choses, quoi qu’il en dise.

Pour le peintre, les problèmes de séchage des diverses couches de matériaux (temps, ordre d'application...), les contraintes de mélanges, d’équilibre du sujet sur la toile (proportions...) pour n’en citer que quelques-uns.
Pour l’auteur, les contraintes de chronologie, de cohérence, de point de vue, de style, de développement du ou des personnages au travers des scènes de son récit, si c’est une fiction qu’il écrit.

Et puis quoi peut-on croire que la création ne s’inscrit pas dans un contexte déjà déterminé ( si je veux être lu, du moins faut-il par exemple que j'écrive dans une langue que l'on comprenne, dans des formes toujours au moins un peu déterminées par les usages et les outils de la création !). L'art est assez fortement déterminé par le statut de l’artiste dans son époque, l'état de ses finances aussi, sa relation à l’édition, au galeriste, à l’acheteur éventuel . 


Et qu’à tout moment, et sans faiblesse, tout se fait pour l’homme de l’art, dans un tel état de grâce, dans un telle sorte de transe de pureté créative ou de détachement éthéré, qu’il ne fasse, en aucune façon,  au moins un peu, dans l'esprit de son temps, ce qu’il sait de la culture où il baigne, de ce dont il a l’expérience en fait d’humains de son époque, je ne parviens que très douteusement à le croire.
En adhésion avec l'art de son temps, ou en rupture avec lui, on n'est jamais hors du monde.
 Il est donc clair qu’il y a bien plus de monde en présence dans l’athanor de l’alchimie créative que l’on ne peut penser de prime abord.
De là naît ma question :

Qui écrit en moi quand j’écris, et pour qui ?

Je ne valide donc pas ce spiritualisme artistique qui voudrait que l’inspiration ne me vienne (entendez aussi : ne vienne à l’artiste !) que d’une source céleste, que d’un au-delà plus ou moins éthérique, que d’une énergie supra-cosmique - ou autre imageries improuvables de réalités transcendantes - qui se matérialiseraient par le médium de l’artiste et se réaliserait par lui dans la matière (le texte ou le  livre écrit, la toile achevée …)
Non, je dirai plutôt pour ma part, que la création artistique naît, plus simplement, d’une synthèse créative, incertaine, surprenante, bouleversante parfois, mais humaine toujours :  qui se fait entre les contraires inhérentes à la nature de l’artiste, en réponse à un souci d‘homéostasie de sa nature. 
J’écris, je crois, (comme peint l’artiste- peintre, ou compose le musicien), en effet, par besoin intérieur de le faire, par quelque rage ou quelque nécessité de m’exprimer en une certaine forme donnée : celle que m’a donnée de développer ma nature, mon éducation, ma formation littéraire, mes expériences antérieures …  
Mystérieux et fort insaisissable moment, j’en conviens ! Peut-être finalement forme exprimée de quelque tout Autre inconnu de ma personnalité connue

Oui, dans mon acte créateur se coagule, se cristallise l’essentiel de ce que je suis dans une manifestation personnelle, dans un instant donné.Peut-être finalement forme exprimée de quelque tout Autre inconnu de ma personnalité connue jusque là.

Cet essentiel concentré de l’homme-auteur ou de l’homme-peintre... , somme de tout ce qui les anime (que j’en sois conscient ou non !) , se trouve alors mis en projet, en symbole, en épiphanie : une impression, une émotion, une idée inspirée, une forme cherche à se faire jour , à parvenir à ma conscience, (et à la conscience de nombreux autres à travers moi et en direction de l’autre: du fait de ma position ou du réseau social où je suis inscrit).

Car, oui, j’estime que l’auteur est un porte-voix d'une humanité en recherche d'elle -même pour ses lecteurs, un créateur d'influence littéraire, et le peintre un porte-vue (influenceur esthétique pour ceux à qui l’œuvre picturale parlera)… 

Oui, cela fait de toute façon déjà, par-dessus l’épaule du peintre, comme par-dessus l’épaule de l’auteur, beaucoup de monde qui semble lui souffler à l’oreille, au cœur des choses à dire, à faire, à créer, à transmettre.

Que l’on pense par exemple qu’il n’y a pas d’art qui ne puisse se réaliser sans science et connaissance de l’art au moment de la création , qui ne puisse entrer dans la réalité de sa forme sans technique apprise (la fameuse chaîne de nos maîtres) : voilà que se rajoute encore à la foule des bavards déjà repérés plus haut et qui pressent l’artiste (même s’il faut bien à l’artiste, dans sa méditation momentanée de l’objet projeté, tenter de couvrir leurs voix).
Oui, d’autres voix (culturelles, mais bien réelles), d’autres éléments [Zeitgeist : esprit(s) du temps] s’activent autour et dans la psyché de notre solitaire créateur.
Et toutes ces voix, si elles ne sont pas prises en compte feront échapper l’artiste à son objectif.
En revanche, s’il ne sait être à l’écoute organisatrice des diverses contraintes, influences, voix et pressions qui l’habitent -ou même parfois le pressent sous forme de personnages extérieurs réels-, alors il ratera son objectif artistique et ne fera que du commercial et n'apportera jamais aucune création véritable à son public.

Oui, le peintre n’applique pas la matière présente sur sa palette avec la seule pensée que l’effet qu’elle produira, réalisera la vente. Que sa pratique immédiate le rendra célèbre ou bien riche… Que telle forme esthétique et technique est la garantie d'un effet donné sur le spectateur, il ne peut que l'approcher de loin son spectateur

Mais Van Gogh affamé et sans pain, est-il obligé d’être sans préoccupation à chaque instant où il tient son pinceau, même en état de création, est-on certain qu'il échappe à son humanité ? 
On tendrait plutôt à réduire l’humanité complexe des artistes à un simplisme qu’ils n’ont pas.

Suis-je obligé d’ignorer que mon travail à besoin d’être le meilleur possible, certes selon mes propres et subjectifs critères, mais ne sont-ce que les miens? Et d’où donc me viennent-il sinon du monde des hommes, de la connaissance que j'ai d'eux ...? N’émergent-ils pas, de ce que je sais ou crois savoir de mon art, et de ce qu’en serait la maîtrise ou la perfection ? 
Faut-il que je me contraigne à la perte totale de contrôle de mon acte créatif , sous prétexte que sinon, je me préoccupe trop de viser une certaine qualité de réalisation, ou d'effet chez mon spectateur ? faut-il que je me tienne honteux de n'être pas totalement inconscient de l'impact que je peux avoir par mes actes créatifs et esthétiques sur mes semblables. 


Oui, pour l’artiste en général et donc aussi le peintre, je rejoins Umberto Eco qui dit de l’auteur:
« Au cours de l’élaboration de l’œuvre, il y a un double dialogue : celui entre ce texte et tous les autres textes écrits auparavant (on ne fait des livres que sur d’autres livres et autour d’autres livres) et celui entre l’auteur et son lecteur modèle.
 Que l’on croit s’adresser à un public qui est là, devant la porte, prêt à payer, ou que l’on se propose d’écrire pour un lecteur à venir, écrire c’est construire, à travers le texte, son propre modèle de lecteur. »

Et oui, je le rejoins encore lorsqu’il ajoute :

« Y a-t-il un écrivain qui écrive pour la seule postérité ? Non, même s’il l’affirme, parce que, comme il n’est pas Nostradamus, il ne peut se représenter la postérité que sur le modèle de ce qu’il sait de ses contemporains.
Y a-t-il un auteur qui écrive pour peu de lecteurs ? Oui, si par là on entend que le Lecteur Modèle qu’il se représente a, dans ses prévisions, peu de chances d’être incarné par la majorité. Mais, même dans ce cas, l’auteur écrit avec l’espoir, pas si secret que ça, que son livre crée le nombre, qu’il y ait beaucoup de nouveaux représentants de ce lecteur désiré et recherché avec tant de méticulosité artisanale, postulé et encouragé par son texte.
La différence, s’il y en a une, peut résider entre le texte qui veut produire un lecteur nouveau et celui qui cherche à aller à la rencontre des désirs des lecteurs de la rue.
 Dans le second cas, nous avons un livre écrit et construit selon une recette pour produits de série, l’auteur faisant une sorte d’analyse de marché et s’y adaptant.
Mais quand l’écrivain opte pour le nouveau et projette un lecteur différent, il ne se veut pas analyste de marché faisant la liste des demandes exprimées, mais philosophe qui entrevoit intuitivement les trames du Zeitgeist.
 Il veut révéler à son public ce que celui-ci devrait vouloir, même s’il ne le sait pas. Il veut révéler le lecteur à lui-même.
Un texte veut être une expérience de transformation pour son lecteur.

Et il ne fait aucun doute pour moi que ce qui vaut pour le poète et l’écrivain, vaut bien aussi pour le peintre et ce, quoi que l’on attende de celui avec qui l’on partage son œuvre, que ce soit un « J’aime » sur un réseau social, un bravo quelconque ou un chèque à cinq ou six chiffres, déposé sur son compte en banque.
  
"Un tableau veut être une expérience de transformation pour l'esthète qui le contemple"

 Peut-être faut-il simplement un peu de courage pour descendre l'artiste de son nuage, lui ôter son voile d'angélisme et l'aider à se bien voir en face,  jusque dans ses souhaits de reconnaissance (même rares et réservés à ses horaires de pauvre humanité) :  alors sans doute, lui est-il parfois plus facile de dire, avec détachement et honnêteté, à la façon d'un Jean Teulé.

 " Il y a plein d'écrivains qui écrivent aussi bien, voire mieux que moi et qui ne connaissent pas ce succès. Ce métier est injuste ! Il se trouve que je suis du bon côté de l'injustice, et ça me va très bien."

vendredi 15 septembre 2017

Oups !

Oups!
Tableau réalisé par Adamante Donsimoni
et proposée à la créativité de la communauté de L'Herbier de Poésie.

Oups!


Oups est facétieuse. 
Et puis aussi coquine…
Elle est, croyez-moi !
Autant marrante que maline.

Chaque jour, elle nous offre quelque nouvelle prouesse.
Une surprise, un jour ! Quelqu’étonnant spectacle, parfois !

Pleine d’entrain, elle danse, ce matin.
Folle sarabande, sur cette musique enlevée qu’elle est seule à entendre !
Elle fait d’une main, des cercles sur sa tête, gardant, au nez, le doigt pointé de son autre menotte.
Aussi nue que ver, elle arbore, triomphante, une moustache collante de multiples confitures, 
Elle va dans les halos de lumière, à peine troublée des regards qui se voudraient choqués ou critiques.
Ses mimiques réveillent nos rires, chargés, encore, de rêves et d’une nuit moite bien trop courte.
Comme nous éperdue de chaleur, vague, elle vire dans le plus magnifique tremblement, 
Ivre du plus pur plaisir! 
Oh ! Parfaite innocence !

Oups est facétieuse. 
Et puis coquine aussi…
Elle est, croyez-moi !
Autant marrante que maline.

Haute comme trois Pets de nonne, 
Partout encore, enrobée des rondeurs du poupon!
Notre petit soleil sera, dans un moment, reparti dans sa lune.
Sumo ébahi : une couche difforme lui fera l’effet d’un coussin.
Ses pieds lourds dans la terre sèche, 
Lèveront, en tas, les brindilles du chemin.


Elle est marrante. 
Et puis maline…
Petite Oups! 
Elle distribue à qui veut, 
Des câlins sucrés de princesse,
Des baisers de fraise et des bisous de praline ….



     Poésie dédiée à Héléna
          Comment aurait-elle pu ne pas m’inspirer !?

samedi 29 avril 2017

Puissants ! Oh ! Inutiles jouisseurs !

La vendeuse de fleurs : oeuvre de Georgios Jakobides
Proposée dans le cadre de la communauté  l'Herbier de Poésies 
https://imagesreves.blogspot.fr/2017/04/lenfance-pour-la-page-76.html



Enfant sacrifiée, en attente de fortune !
Porteuse de misères et de loques fanées.
Marchande du plus beau : de l’inutile…
Pourvoyeuse de l’éphémère,
De la nature sans profit :
Toi, vendeuse de lavande,
Et d’autres plus humbles fleurettes,

Lasse, tu t’es assise,
Au seuil d’un palais .

Tombée là, épuisée,
Fermée, soudain, aux tristesses du monde.

Tu dors, fillette, et tes rêves sont loin !

Dans aucune de leurs écoles,
On ne t’a apprit à penser
Le destin que tu vis .

Alors, d’un rayon de soleil,
Tu te fais un régal .

D'une marche, d’un mur chaud,
Le plus doux des reposoirs.
Et d’une lourde chimère affamée,
Le plus délicieux des mensonges.

Libre, adossée à la pierre de l’histoire,
Tu imagines le goût d’un  autre monde.
Celui, où enfin régneraient pour tes semblables,
Le droit de vivre son âge, et celui de devenir.

Puissants !  Oh ! Inutiles jouisseurs !
A quoi bon le pouvoir qui est le vôtre,
S’il n’est celui de protéger la vie ?
A quoi bon vos opulences,
Si elles ne servent à rendre douce l’existence  des enfants,
Le sort des fragiles et la route de ceux que vous nommez,
Pleins de mépris, les ventres creux,  !

Serge De La Torre


samedi 15 avril 2017




Il est toujours difficile de parler de l'âme des autres (et déjà bien assez  audacieux de parler de la sienne !). D'ailleurs, peut-être est-ce, pour une bonne part, ne parler que de ses propres horizons au prétexte de ceux de l'autre.


Le faire à partir d'une "image", sans pleinement connaître la personne, même s'il s'agit d'une bonne photographie de sa nature foncière, est, sans doute, une gageure. 
Et comment trouver des mots qui aient quelque chance d'être juste ? 
Et comment encore ne pas risquer de blesser ?

 Mais face à l'impossible, il n'y avait finalement qu'un risque, être tenté de ne rien oser.

Photo d'une peinture de Martiros Hakopian proposée par 
L'Herbier de Poésie d'Adamante Donsimoni (voir   ) . 
L' artiste utilise, ici, sa peinture pour dire sa quête spirituelle.

                                Rousseurs d'émotions dévoilées 

Âme de contrastes floutés,
Lieu de projections fantasmatiques,
Âme de brouillard, de brumes flottantes et d’horizons lavés,
Âme où les plans se mêlent :
Hiers illisibles, présents  en rupture, et espaces brisés pour des lendemains imprécis.


Âme de roches,
De croûte blessée, où la rocaille cède par pans, et avec lenteur.
Terre nue bordée de forêts érigées en futaies incendiées,
Au loin, en ultime palissade.
Âme égale,
Qui flotte en perspective et pente douce dans un ciel roulé d’ombres et de nuages mêlés.

Âme  de failles profondes,
De crevasses, de fissures en formation, de falaises, enfin, sans pied ni fond.
Âme de coulées sombres,
Où se dessine quelque bête bavante qui souffle et dégouline : misérable, comme  en chacun.

Âme d’encre et de nuit noire
Qui fait un front, une vague passagère
Que suivent de près des teintes automnales,
Celle d’un sentiment presque caché.

Âme finement humaine,
En quête de paix, de douceurs vernaculaires.
Quand derrière l’apparent  tourment général  
Transparaissent les rousseurs d’une émotion masquée.

©Serge De La Torre  (14 Avril 2017)